Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/374

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maiſons des futures victimes, dreſſant les liſtes de mort, &, le soir, s’en revenant du Faucon en chantant de sales refrains, tandis que deux happe-chair, ivres comme eux, les suivaient armés juſqu’aux dents pour leur faire eſcorte.

Ulenſpiegel alla In den Blauwe Gans, à l’Oie Bleue, auprès de Joos Lanſaem, qui était à son comptoir.

Ulenſpiegel tira de sa poche un petit flacon de brandevin, & lui dit :

— Boelkin en a deux tonnes à vendre.

— Viens dans ma cuiſine, dit le baes.

Là, fermant la porte & le regardant fixement.

— Tu n’es point marchand de brandevin ; que signifient tes clignements d’yeux ? Qui es-tu ?

Ulenſpiegel répondit :

— Je suis le fils de Claes brûlé à Damme ; les cendres du mort battent sur ma poitrine : je veux tuer Spelle, le meurtrier.

— C’eſt Boelkin qui t’envoie ? demanda l’hôte.

— Boelkin m’envoie, répondit Ulenſpiegel. Je tuerai Spelle ; tu m’y aideras.

— Je le veux, dit le baes. Que faut-il faire ?

Ulenſpiegel répondit :

— Va chez le curé, bon paſteur, ennemi de Spelle. Réunis tes amis & trouve-toi avec eux demain, après le couvre-feu, sur la route d’Everghem, au-delà de la maiſon de Spelle, entre le Faucon & ladite maiſon. Mettez-vous tous dans l’ombre & n’ayez point d’habits blancs. Au coup de dix heures, tu verras Spelle sortant du cabaret & un chariot venant de l’autre côté. N’avertis point tes amis ce soir ; ils dorment trop près de l’oreille de leurs femmes. Va les trouver demain. Venez, écoutez bien tout & souvenez-vous bien.

— Nous nous souviendrons, dit Joos. Et, levant son gobelet : Je bois à la corde de Spelle.

— À la corde, dit Ulenſpiegel. Puis il rentra avec le baes dans la salle de la taverne où buvaient quelques gantois qui revenaient du marché du samedi, à Bruges, où ils avaient vendu cher des pourpoints, des mantelets de toile d’or & d’argent, achetés pour quelques sous à des nobles ruinés qui voulaient par leur luxe imiter les Eſpagnols.

Et ils menaient noces & feſtins à cauſe du grand bénéfice.

Ulenſpiegel & Joos Lanſaem, aſſis en un coin, convinrent en buvant &