Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/401

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bailliage où le bailli le reçut en la compagnie du greffier criminel, de deux échevins & de deux chirurgiens.

Les doigts coupés furent examinés & reconnus pour être des doigts de vieillard, lequel n’était manouvrier en aucun métier, car les doigts étaient effilés & les ongles en étaient longs comme ceux des hommes de robe ou d’égliſe.

Le lendemain, le bailli, les échevins, le greffier, les chirurgiens & les soudards allèrent à la place où avait été mordu le pauvre mort & virent qu’il y avait des gouttes de sang sur les herbes & des pas qui allaient juſqu’à la mer où ils s’arrêtaient.


XXXVII


C’était au temps des raiſins mûrs, au mois du vin, le quatrième jour, quand en la ville de Bruxelles on jette, du haut de la tour Saint-Nicolas, après la grand’meſſe des sacs de noix au peuple.

À la nuit, Nele fut éveillée par des cris venant de la rue. Elle chercha Katheline dans la chambre & ne la trouva point. Elle courut en bas & ouvrit la porte, & Katheline entra diſant :

— Sauve-moi ! sauve-moi ! Le loup ! le loup !

Et Nele entendit dans la campagne de lointains hurlements. Tremblante, elle alluma tous les cierges, lampes & chandelles.

— Qu’eſt-il advenu, Katheline ? diſait-elle en la serrant dans ses bras.

Katheline s’aſſit, les yeux hagards, & dit, regardant les chandelles :

— C’eſt le soleil, il chaſſe les mauvais eſprits. Le loup, le loup hurle dans la campagne.

— Mais, dit Nele, pourquoi es-tu sortie de ton lit où tu avais chaud, pour aller prendre la fièvre dans les nuits humides de septembre ?

Et Katheline dit :

— Hanſke a crié cette nuit comme l’orfraie & j’ai ouvert la porte. Et il m’a dit : « Prends le breuvage de viſion », & j’ai bu. Hanſke eſt beau. Ôtez le feu. Alors, il m’a conduite près du canal & m’a dit : « Katheline, je te rendrai les sept cents carolus, tu les donneras à Ulenſpiegel, fils de Claes. En voici deux pour t’acheter une robe ; tu en auras mille bientôt. »