Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/435

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LIVRE QUATRIÈME


I


Étant à Heyſt, sur les dunes, Ulenſpiegel & Lamme voient venir d’Oſtende, de Blanckenberghe, de Knokke, force bateaux pêcheurs pleins d’hommes armés & suivant les Gueux de Zélande, qui portent au couvre-chef le croiſſant d’argent avec cette inſcription : « Plutôt servir le Turc que le pape. »

Ulenſpiegel eſt joyeux, il siffle comme l’alouette ; de tous côtés répond le clairon guerrier du coq.

Les bateaux, voguant ou pêchant & vendant leur poiſſon, abordent, l’un après l’autre, à Emden. Là eſt détenu Guillaume de Blois qui, par commiſſion du prince d’Orange, équipe un navire.

Ulenſpiegel & Lamme viennent à Emden, tandis que sur l’ordre de Très-Long, les bateaux des Gueux regagnent la haute mer.

Très-Long, étant à Emden depuis onze semaines, se morfondait amèrement. Il allait du navire à terre & de terre au navire, comme un ours enchaîné.

Ulenſpiegel & Lamme, vaguant sur les quais, y aviſent un seigneur de bonne trogne, braſſant quelque mélancolie & empéché à déchauſſer d’un épieu l’un des pavés du quai. N’y pouvant parvenir, il eſſayait toutefois de mener à bonne fin l’entrepriſe, tandis qu’un chien rongeait un os derrière lui.

Ulenſpiegel vient au chien & fait mine de lui vouloir voler son os. Le chien gronde ; Ulenſpiegel ne ceſſe : le chien mène grand vacarme de roquetaille.