Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/460

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— Je ne connais point Katheline, je ne l’ai point quittée, dit-il. Vous m’interrogez sur des faits étrangers à la cauſe. Je ne vous dois point répondre. À boire, laiſſez-moi dormir. Je vous dis que c’eſt Hilbert qui a tout fait.

— Déliez-le, dit le bailli. Ramenez-le en sa priſon. Mais qu’il ait soif & ne dorme point juſqu’à ce qu’il ait avoué ses sorcelleries & incantations.

Et ce fut à Damman une cruelle torture. Il criait en sa priſon : À boire. ! à boire ! si haut, que le peuple l’entendait, mais sans nulle pitié. Et quand, tombant de sommeil, ses gardiens le frappaient au viſage, il était comme tigre & criait :

— Je suis noble homme & vous tuerai, manants. J’irai au roi, notre chef. À boire.

Mais il n’avoua rien & on le laiſſa.


VI


On était pour lors en mai, le tilleul de juſtice était vert, verts auſſi étaient les bancs de gazon sur leſquels s’aſſirent les juges ; Nele fut appelée en témoignage. Ce jour-là devait être prononcée la sentence.

Et le peuple, hommes, femmes, bourgeois & manouvriers se tenaient tout autour dans le champ ; & le soleil luiſait clair.

Katheline & Joos Damman furent amenés devant le tribunal ; & Damman paraiſſait plus blême à cauſe de la torture de la soif & des nuits paſſées sans sommeil.

Katheline, qui ne se savait tenir sur ses jambes branlantes, montrant le soleil, diſait :

— Ôtez le feu, la tête brûle !

Et elle regardait avec tendre amour Joos Damman.

Et celui-ci la regardait avec haine & mépris.

Et les seigneurs & gentilſhommes ses amis, ayant été appelés à Damme, étaient tous préſents, comme témoins, devant le tribunal.

Le bailli alors parla & dit :

— Nele, la fillette qui défend sa mère Katheline avec si grande & brave affection, a trouvé dans la poche couſue a la cotte d’icelle, cotte de fête, un