Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/480

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Au grand trotton, bride avalée !
Courſe d’éclair, courſe de nue ;
Trombe de fer cliquetant ;
Ils volent, les lourds cavaliers !
En hâte ! en hâte ! à la reſcouſſe !
Le pont se lève… de l’éperon
Au flanc saignant des deſtriers.!
Le pont se lève : ville perdue !

Ils sont devant. Eſt-ce trop tard ?
Ventre à terre ! bride avalée !
Guitoy de Chaumont, sur son genêt,
Saute sur le pont qui retombe.
Ville gagnée ! Entendez-vous
Sur le pavé de Mons
Courſe d’éclair, courſe de nue,
Trombe de fer cliquetant !

Vive Chaumont & le genêt !
Sonnez le clairon de joie, battez le tambour.
C’eſt le mois du foin, les prés embaument ;
L’alouette monte, chantant dans le ciel :
Vive l’oiſeau libre !
Battez le tambour de gloire.
Vive Chaumont & le genêt ! Or çà, à boire çà.
Ville gagnée !… Vive le Gueux !

Et les Gueux chantaient sur les navires : « Chriſt, regarde tes soldats. Fourbis nos armes, Seigneur. Vive le Gueux ! »

Et Nele souriante faiſait glapir le fifre, & Lamme battait le tambour, & en haut, vers le ciel, temple de Dieu, s’élevaient les coupes d’or & les hymnes de liberté. Et les vagues, comme des sirènes, claires & fraîches autour du navire, suſurraient harmonieuſes.


X


Un jour, au mois d’août, jour peſant & chaud, Lamme braſſait mélancolie. Son tambour joyeux se taiſait & dormait, paſſant ses baguettes à l’ouverture de sa gibecière. Ulenſpiegel & Nele, souriant d’aiſe amou-