Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/547

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— Tu es triſte, mon aimé ?

— Il était bon, dit-il.

— Ah ! dit-elle, cette guerre ne finira point, force nous sera donc toujours de vivre dans le sang & les larmes ?

— Cherchons les sept, dit Ulenſpiegel : elle approche l’heure de la délivrance.

Suivant le vœu de Lamme, les Gueux engraiſſèrent le moine en sa cage. Quand il fut mis en liberté, moyennant rançon, il peſait trois cent dix-sept livres & cinq onces, poids de Flandre.

Et il mourut prieur de son couvent.


VIII


En ce temps-là, Meſſeigneurs des États généraux s’aſſemblèrent à La Haye pour juger Philippe, roi d’Eſpagne, comte de Flandre, de Hollande, etc., suivant les chartes & privilèges par lui conſentis.

Et le greffier parla ainſi :

— Il eſt notoire à un chacun qu’un prince de pays eſt établi par Dieu, souverain & chef de ses sujets pour les défendre & préſerver de toutes injures, oppreſſions & violences, ainſi qu’un berger eſt ordonné pour la défenſe & la garde de ses brebis. Il eſt notoire auſſi que les sujets ne sont pas créés par Dieu pour l’uſage du prince, pour lui être obéiſſants en tout ce qu’il commande, que ce soit choſe pie ou impie, juſte ou injuſte, ni pour le servir comme des eſclaves. Mais le prince eſt prince pour ses sujets, sans leſquels il ne peut être, afin de gouverner selon le droit & la raiſon ; pour les maintenir & les aimer comme un père ses enfants, comme un paſteur ses brebis, riſquant sa vie pour les défendre ; s’il ne le fait, il doit être tenu non pour un prince, mais pour un tyran. Philippe roi lança sur nous, par appels de soldats, bulles de croiſade & d’excommunication, quatre armées étrangères. Quelle sera sa punition, en vertu des lois & coutumes du pays ?

— Qu’il soit déchu, répondirent Meſſeigneurs des États.

— Philippe a forfait à ses serments : il a oublié les services que nous lui rendîmes, les victoires que nous l’aidâmes à remporter. Voyant que nous étions riches, il nous laiſſa rançonner & piller par ceux du conſeil d’Eſpagne.