Page:De Gaspé - Les anciens canadiens, 1863.djvu/21

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comme dit la chanson, je suis venu te pardonner tes offenses, comme tu dois les pardonner à ceux qui t’ont offensée. Tout le monde prétend que tu es avare et vindicative ; peu m’importe ; ce n’est pas mon affaire. Tu en seras quitte pour griller dans l’autre monde ; je m’en lave les mains.

Madeleine ne savait trop si elle devait rire ou se fâcher de ce beau préambule ; mais comme elle avait un grand faible pour l’enfant, malgré ses espiègleries, elle prit le parti le plus sage et se mit à rire.

— Maintenant que nous sommes de bonne humeur, reprit Jules, parlons sérieusement. J’ai fait des sottises, vois-tu, je me suis endetté : je crains les reproches de mon brave père, et encore plus de lui faire de la peine. Il me faudrait cinquante francs pour assoupir cette malheureuse affaire : peux-tu me les prêter ?

— Mais, comment donc, M. d’Haberville, dit la vieille, je n’aurais que cette somme pour tout bien dans le monde que je la donnerais de grand cœur pour exempter la moindre peine à votre bon papa. J’ai assez d’obligation à votre famille…

— Tarare, dit Jules, si tu parles de ces cinq sous-là, point d’affaires ; mais écoute, ma bonne Madeleine, comme je puis me casser le cou au moment qu’on s’y attendra le moins, ou qu’on s’y attendra le plus, en grimpant sur le toit du collége et sur tous les clochers de la ville de Québec, je vais te donner un mot d’écrit pour ta sûreté ; j’espère bien, pourtant, m’acquitter envers toi dans un mois au plus tard.

Madeleine se fâcha tout de bon, refusa le billet et lui compta les cinquante francs. Jules faillit l’étrangler en l’embrassant, sauta par la fenêtre dans la rue, et prit sa course vers le collége.