Page:De Gaspé - Les anciens canadiens, 1863.djvu/22

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À la récréation du soir, Dubuc était libéré de toute inquiétude du côté de son aimable père.

— Mais, souviens-toi, dit d’Haberville, que tu es dans mes dettes pour le coup de pied.

— Tiens, mon cher ami, dit Dubuc, très-affecté, paie-toi tout de suite : casse-moi la tête ou les reins avec ce fourgon, mais finissons-en : penser que tu me gardes de la rancune, après le service que tu m’as rendu, serait un trop grand supplice pour moi.

— En voilà encore un caribou, celui-là, dit l’enfant, de croire que je garde rancune à quelqu’un parce que je lui dois une douceur de ma façon ! Est-ce comme cela que tu le prends ? alors ta main et n’y pensons plus. Tu pourras te vanter toujours d’être le seul qui m’aura égratigné sans que j’aie tiré le sang.

Cela dit, il lui saute sur les épaules, comme un singe, lui tire un peu les cheveux pour acquit de conscience, et court rejoindre la bande joyeuse qui l’attendait.

Archibald of Locheill, mûri par de cruelles épreuves, et partant d’un caractère plus froid, plus réservé que les enfants de son âge, ne sut d’abord, à son entrée au collége, s’il devait rire ou se fâcher des espiègleries d’un petit lutin, qui semblait l’avoir pris pour point de mire, et ne lui laissait aucun repos. Il ignorait que c’était la manière de Jules de prouver sa tendresse à ceux qu’il aimait le plus. Arché enfin, poussé à bout, lui dit un jour :

— Sais-tu que tu ferais perdre patience à un saint ; vraiment, tu me mets quelquefois au désespoir.

— Il y a pourtant un remède à tes maux, dit Jules : la peau me démange, donne-moi une bonne raclée et