Page:De Gaspé - Les anciens canadiens, 1863.djvu/37

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tu veux faire de moi un homme raisonnable nolens volens, comme disait mon maître de sixième, quand il m’administrait une décoction de férules, je crois que ce qui a donné cours à cette fable, c’est que les habitants du nord et du sud du fleuve, voyant les gens de l’île aller à leurs pêches, avec des flambeaux, pendant les nuits sombres, prenaient le plus souvent ces lumières pour des feux follets ; or, tu sauras que nos Canadiens des campagnes considèrent les feux follets (b) comme des sorciers, ou des génies malfaisants qui cherchent à attirer le pauvre monde dans des endroits dangereux pour causer leur perte : aussi, suivant leurs traditions, les entend-on rire, quand le malheureux voyageur, ainsi trompé, enfonce dans les marais. Ce qui aura donné lieu à cette croyance, c’est que ces gaz s’échappent toujours des terres basses et marécageuses : de là aux sorciers il n’y a qu’un pas. [1]

— Impossible, dit Arché ; tu manques à la logique, comme notre précepteur de philosophie te l’a souvent reproché. Tu vois bien que les habitants du nord et du sud, qui font face à l’île d’Orléans, vont aussi à leurs pêches avec des flambeaux et qu’alors les gens de l’île les auraient aussi gratifiés du nom de sorciers : ça ne passera pas.

Tandis que Jules secouait la tête sans répondre, José prit la parole.

— Si vous vouliez me le permettre, mes jeunes messieurs, c’est moi qui vous tirerais bien vite

  1. Cette discussion sur les sorciers de l’Isle d’Orléans était écrite avant que M. le Dr LaRue eût publié ses charmantes légendes dans Les Soirées Canadiennes. L’auteur penchait, comme lui, pour la solution de Jules, nonobstant les arguments de Locheill à ce contraire ; quand, hélas ! l’ami José est venu confondre le disciple de Cujas et le fils d’Esculape !