Page:De Gaspé - Les anciens canadiens, 1863.djvu/38

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d’embarras, en vous contant ce qui est arrivé à mon défunt père qui est mort.

— Oh ! conte-nous cela, José ; conte-nous ce qui est arrivé à ton défunt père qui est mort, s’écria Jules en accentuant fortement les trois derniers mots.

— Oui, mon cher José, dit de Locheill, de grâce faites-nous ce plaisir.

— Ça me coûte pas mal, reprit José, car, voyez-vous je n’ai pas la belle accent ni la belle orogane (organe) du cher défunt. Quand il nous contait ses tribulations dans les veillées, tout le corps nous en frissonnait comme des fièvreux ; que ça faisait plaisir à voir ; mais, enfin, je ferai de mon mieux pour vous contenter.

Si donc qu’un jour, mon défunt père qui est mort, avait laissé la ville pas mal tard, pour s’en retourner chez nous ; il s’était même diverti, comme qui dirait à pintocher tant soit peu avec ses connaissances de la Pointe-Lévis : il aimait un peu la goutte le brave et honnête homme ! à telle fin qu’il portait toujours, quand il voyageait, un flacon d’eau-de-vie dans son sac de loup-marin ; il disait que c’était le lait des vieillards.

Lac dulce, dit de Locheill sentencieusement.

— Sous le respect que je vous dois, Monsieur Arché, reprit José avec un peu d’humeur, ce n’était pas de l’eau douce, ni de l’eau de lac, mais bien de la bonne et franche eau-de-vie que mon défunt père portait dans son sac.

— Excellent ! sur mon honneur, s’écria Jules ; te voilà bien payé, grand pédant, de tes éternelles citations latines !

— Pardon, mon cher José, dit de Locheill de son ton