Page:De Gaspé - Les anciens canadiens, 1863.djvu/39

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


le plus sérieux, je n’avais aucunement l’intention de manquer à la mémoire de votre défunt père.

— Vous êtes tout excusé, Monsieur, dit José tout à coup radouci. Si donc, que quand mon défunt père voulut partir, il faisait tout-à-fait nuit. Ses amis firent alors tout leur possible pour le garder à coucher, en lui disant qu’il allait bien vite passer tout seul devant la cage de fer où la Corriveau faisait sa pénitence pour avoir tué son mari.

Vous l’avez vue vous-mêmes, mes messieurs, quand j’avons quitté la Pointe-Lévis à une heure : elle était bien tranquille dans sa cage, la méchante bête avec son crâne sans yeux ; mais ne vous y fiez pas ; c’est une sournoise, allez ! si elle ne voit pas le jour, elle sait ben trouver son chemin la nuit pour tourmenter le pauvre monde.

Si ben toujours que mon défunt père, qui était brave comme l’épée de son capitaine, leur dit qu’il ne s’en souciait guère, qu’il ne lui devait rien à la Corriveau ; et un tas d’autres raisons que j’ai oubliées. Il donne un coup de fouet à sa guevalle (cavale) qui allait comme le vent, la fine bête ! et le voilà parti. Quand il passa près de l’esquelette, il lui sembla ben entendre quelque bruit, comme qui dirait une plainte ; mais comme il ventait un gros sorouët (sud-ouest), il crut que c’était le vent qui sifflait dans les os du calabre (cadavre). Pu n’y moins ça le tarabusquait (tarabustait) et il prit un bon coup pour se réconforter. Tout ben considéré, à ce qui se dit, il faut s’entre-aider entre chrétiens : peut-être que la pauvre créature (femme) demande des prières ; il ôte donc son bonnet et récite dévotement un dépréfundi à son intention ;