Page:De Gaspé - Les anciens canadiens, 1863.djvu/69

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agglomération de glaces, qui, attirées par la chute, descendaient la rivière avec la rapidité d’un trait, s’engouffrèrent presque toute entre l’îlot et le moulin à farine dont elles rasèrent l’écluse en quelques secondes ; puis, s’amoncelant au pied de l’écore jusqu’au faîte du moulin, elles finirent par l’écraser lui-même. La glace ayant pris cette direction, le chenal entre le moulin à scie et l’îlot se trouvait relativement à peu près libre.

La foule courait toujours le long du rivage en suivant des yeux, avec une anxiété mêlée d’horreur, cet homme qu’un miracle seul pouvait sauver d’une mort atroce et prématurée. En effet, parvenu à environ trente pieds de l’îlot, la glace qui emportait Dumais suivait visiblement une direction qui l’éloignait du seul refuge que semblait lui offrir la Providence, lorsqu’une banquise, qui descendait avec une rapidité augmentée par sa masse énorme, frappant avec violence un de ses angles, lui imprima un mouvement contraire. Lancée alors avec une nouvelle impétuosité, elle franchit la partie de l’îlot que l’eau envahissait déjà et assaillit le vieux cèdre, seule barrière qu’elle rencontrait sur la cime de la cataracte. L’arbre, ébranlé par ce choc imprévu, frémit de tout son corps ; sa tête déjà brisée se sépara du tronc et disparut dans les flots d’écumes. Déchargé de ce poids, le vieil arbre se redressa tout à coup ; et athlète encore redoutable, se prépara à soutenir une nouvelle lutte avec d’anciens ennemis dont il avait tant de fois triomphé.

Cependant Dumais, lancé en avant par ce choc inattendu, saisit le tronc du vieux cèdre qu’il enlaça de ses deux bras avec une étreinte convulsive ; et se