Page:De Gaspé - Les anciens canadiens, 1863.djvu/68

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étaient accourues de l’autre côté de la rivière et avaient aussi dépouillé les clôtures de leurs écorces de cèdre pour en faire des flambeaux. Toutes ces lumières en se croisant, répandaient une vive clarté sur cette scène lugubre.

On voyait, à quelque distance, le manoir seigneurial, longue et imposante construction au sud-ouest de la rivière, et assis sur la partie la plus élevée d’un promontoire qui domine le bassin et court parallèle à la cataracte. À environ cent pieds du manoir s’élevait le comble d’un moulin à scie dont la chaussée était attenante à la chute même. À deux cents pieds du moulin, sur le sommet de la chute, se dessinaient les restes d’un îlot sur lequel, de temps immémorial, les débâcles du printemps opéraient leur œuvre de destruction (a). Bien déchu de sa grandeur primitive — car il est probable qu’il avait jadis formé une presqu’île avec le continent, dont il formait l’extrémité, — cet îlot formait à peine une surface de douze pieds carrés à cette époque.

De tous les arbres qui lui donnaient autrefois un aspect si pittoresque, il ne restait plus qu’un cèdre séculaire. Ce vétéran, qui pendant tant d’années, avait bravé la rage des autans et des débâcles périodiques de la Rivière-du-Sud, avait fini par succomber à demi dans cette lutte formidable. Rompu par le haut, sa tête se balançait alors tristement au-dessus de l’abîme, vers lequel, un peu penché lui-même, il menaçait de disparaître bien vite, privant ainsi l’îlot de son dernier ornement. Plusieurs cents pieds séparaient cet îlot d’un moulin à farine situé au nord-est de la cataracte.

Par un accident de terrain, cette prodigieuse