Page:De Gaspé - Les anciens canadiens, 1863.djvu/77

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José, lui, qui n’avait rien perdu des préparatifs de Locheill à son arrivée et qui connaissait la violence des passions d’Haberville, son jeune maître, s’était glissé derrière lui, prêt à comprimer par la force physique cette âme fougueuse et indomptable.

L’anxiété des spectateurs fut à son comble à la seconde tentative d’Arché pour sauver Dumais, qu’ils croyaient perdu sans ressource aucune.

Tous les yeux étaient tournés, avec un intérêt toujours croissant, vers ce malheureux, dont le tremblement convulsif annonçait qu’il perdait graduellement ses forces à chaque secousse du vieux cèdre, et à chaque oscillation de la glace qui roulait sous son pied. La voix brisée du vieux pasteur, criant pitié au Dieu des miséricordes, interrompait seule ce silence de la tombe.

Les premiers efforts inutiles de Locheill n’avaient servi qu’à l’exalter davantage dans son œuvre de dévouement philanthropique : il avait fait, avec une abnégation bien rare, le sacrifice de sa vie. La corde, sa seule chance de salut, pouvait se rompre lorsqu’elle serait surchargée d’un double poids, et exposée d’ailleurs, comme elle le serait sans relâche, à l’action d’un torrent impétueux. Il était aussi trop habile nageur pour ignorer le danger de remorquer un homme incapable de s’aider d’aucune manière. Il savait qu’il aurait en outre à demeurer sous l’eau sans respirer, jusqu’à ce qu’il eût atteint le rivage.

Conservant néanmoins tout son sang-froid, il se contenta de dire à Marcheterre.

— Il faut changer de tactique ; c’est ce rouleau que je tenais dans ma main droite qui a d’abord paralysé