Page:De Gaspé - Les anciens canadiens, 1863.djvu/78

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mes forces lorsque je me suis élancé dans la rivière, et ensuite lorsque j’ai voulu aborder l’îlot.

Il élargit alors le diamètre du nœud de la corde qu’il passa de son épaule droite sous son aisselle gauche, pour laisser toute liberté d’action à ses deux bras. Ces précautions prises, il fit un bon de tigre, et disparaissant aussitôt sous les flots qui l’emportaient avec la vitesse d’un cheval lancé à la course, il ne reparut qu’à environ douze pieds de l’îlot, arrêté par la corde que raidit Marcheterre, ainsi qu’ils en étaient convenus. Ce mouvement pensa lui être funeste, car, perdant l’équilibre, il fut renversé la tête sous l’eau, tandis que le reste de son corps surnageait horizontalement sur la rivière. Son sang-froid, très heureusement, ne l’abandonna pas un instant dans cette position critique, confiant qu’il était dans l’expérience du vieux marin. En effet celui-ci, lâchant tout à coup deux brasses de l’amarre par un mouvement saccadé, de Locheill, se servant d’un de ces tours de force connus des habiles nageurs, ramena subitement ses talons à s’en frapper les reins ; puis se raidissant les jambes pour battre l’eau perpendiculairement, tandis qu’il secondait cette action en nageant alternativement des deux mains, il reprit enfin l’équilibre. Présentant alors l’épaule gauche pour se préserver la poitrine d’un choc funeste à lui et à Dumais, il aborda le lieu du sinistre avec la vitesse de l’éclair.

Dumais, malgré son état de torpeur apparente, malgré son immobilité, n’avait pourtant rien perdu de tout ce qui se passait. Un rayon d’espoir, bien vite évanoui, avait lui au fond de son cœur déchiré par tant d’émotions sanglantes à la vue des premières tentatives de son libérateur ; mais cette espérance