Page:De Gobineau - La Troisième République française et ce qu'elle vaut, 1907.djvu/21

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de ceux qui l’ont amené. Désiraient-ils vraiment pratiquer à leur aise et sans les entraves dont ils se croyaient empêchés, quelque chose de nouveau ? Nullement. Ils ne voulaient que la grande coutume, les anciennes franchises, les institutions communales, ce qu’ils appelaient et avaient appelé de tout temps, ainsi que leurs pères, la liberté et dont ils n’avaient aucune volonté d’étendre les limites dans le domaine des aventures inconnues.

C’était le Roi Charles ier qui rêvait des nouveautés et à force de flageller de sa prérogative toutes les habitudes de son peuple, ce qu’on lui laissa faire, il se piqua de vouloir les étrangler, ce qu’on ne lui permit pas. Il était insurgé depuis plusieurs années contre le pacte politique, lorsque le Parlement et la nation s’insurgèrent contre lui et, ainsi, on vit deux rebelles ; le Roi d’abord et la nation qui ne vint qu’ensuite et comme contrainte. L’état qui s’en suivit on l’a appelé la République, mais il est si difficile de conserver aux mots leur sens quand on les fait passer d’un milieu dans un autre ! L’« English commonwealth » ne singeait nullement les républiques antiques, pas plus que celles du moyen-âge. Il pensait un peu à Israël parce qu’il lisait beaucoup la Bible et, tout d’abord, parce qu’Israël avait eu des Juges, fort agréables aux Prophètes, il voulut Cromwell et en fit non pas un Président électif, non pas même un magistrat populaire, il en fit un Protecteur, c’est-à-dire qu’il rentra le plus vite qu’il lui fût possible dans la forme et dans la réalité, quoi ! dans l’excès de la doctrine monarchique. Il ne tint qu’à Richard Cromwell de produire une dynastie pour la plus complète satisfaction des républicains anglais.