Page:De l'État des nègres relativement à la prospérité des colonies françaises et de leur métropole Discours aux représentants de la nation, 1789.djvu/15

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.
(9)

millions près, ce qu’elle eſt obligée d’en tirer pour ſes fabriques, la France n’eſt donc point riche par elle-même.

Effectivement, Messieurs, ſuppoſons pour un moment que, par un événement quelconque, la France vînt à perdre ſes Colonies, & qu’il fût poſſible que leurs Cultivateurs, au lieu d’être Français, d’être de familles Françaiſes, de familles appartenantes à la France par tous les liens qui attachent des hommes d’une claſſe riche, ou aiſée, à leur patrie, devinſſent tout-à-coup ſujets de l’Angleterre.

Dans cet état de choſes, Messieurs, il eſt aiſé de concevoir que les Ports des Colonies étant fermés aux vaiſſeaux de la France, ce Royaume ſeroit alors obligé de tirer de l’Étranger ce qu’il conſomme en ſucre, en caffé, en coton & en indigo, & qu’il deviendroit conſéquemment tributaire de ces Étrangers d’une ſomme de 50 à 60 millions, qu’il lui ſeroit impoſſible de solder par les échanges de ſon territoire & de ſes manufactures.

Il eſt encore aiſé de concevoir de quels moyens de richeſſe & de proſpérité s’accroîtroit cette Puiſſance ennemie de la France, & à quel degré de force & de gloire la porteroit une augmentation de ſix cent millions de numéraire qu’elle acquerroit, en dix années, au préjudice de la France, & dont elle pourroit employer les moyens pour attaquer & démembrer le plus beau Royaume de l’Europe, quels que ſoient ſa population & le courage des Français.