Page:De la Mennais - De la religion, 1826.djvu/102

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fleurissoient ; avec une extrême politesse de mœurs régnoit une philosophie douce et voluptueuse. L’empire étoit heureux sans doute. Demandez-le à l’histoire : la félicité de ces temps commence aux triumvirs et finit à Néron.

Certes, nous sommes descendus bien bas, si bas qu’à peine conçoit-on qu’il soit possible de descendre encore. Une nation peut se corrompre, et même périr par l’excès de la corruption : cela s’est vu ; mais qu’un peuple rejette systématiquement de ses lois tout principe spirituel, toute vérité religieuse et par conséquent toute vérité morale, il n’en existoit aucun exemple ; c’est un phénomène nouveau sur la terre. Cependant je m’étonne moins encore de cette prodigieuse dégradation, que de l’espèce d’orgueil qu’elle inspire à certains êtres qu’il faut bien appeler humains, puisqu’il leur reste la figure et le langage de l’homme.

Dans cet affoiblissement général de la conscience et de la raison, la tribune ne laissera pas de retentir de belles paroles : on s’y montrera fidèle à toutes les phrases obligées ; le trône et l’autel viendront régulièrement orner les pieuses harangues de quelques orateurs, dont le zèle plus effrayé, ce semble, des erreurs de l’opinion que de l’impiété des lois, combat les unes par conviction, et vote les autres par dévouement.

Lorsqu’on en est arrivé à ce point, atténuer le mal,