Page:De la Mennais - De la religion, 1826.djvu/303

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


précédé une guerre de trente ans, pour savoir si elles étoient ennemies ces nations dont il fallut, pour assurer leur existence réciproque, balancer si exactement les forces. La France, les Pays-Bas, l’écosse, l’Angleterre, la Suisse, sentirent aussi, et presque en même temps, que le lien social prend ses replis dans un ordre plus élevé que l’ordre politique ; qu’on peut habiter le même sol, parler la même langue, obéir aux mêmes lois civiles, et former néanmoins, au lieu d’un seul peuple, deux armées qui s’observent en attendant le combat. Les exécrables atrocités des guerres de religion, que prouvent-elles ? Que l’homme se sentoit blessé dans ce qu’il a de plus intime : elles prouvent qu’à l’instant où cesse l’union des âmes par les mêmes croyances, la défiance et la haine lui succèdent ; le schisme pénètre jusqu’au fond des cœurs, et y rompt les derniers liens de l’humanité. Non, la société n’est pas ce qu’on pense, ou plutôt ce qu’on voudroit penser. Voilà plus de vingt ans que la politique a uni l’Irlande à l’Angleterre : voyez ce qui se passe dans ces deux pays, et jugez de cette union. Des troupes anglaises sont venues au secours de l’Espagne opprimée : l’Espagne a loué leur discipline, mais les deux peuples se sont-ils reconnus pour frères ? Et vous-même, qui souriez peut-être en lisant ceci, vous que ces préjugés ne sauroient atteindre, mettez la main sur la poitrine, et dites