Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/232

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Ils écoutèrent fort attentivement tout ceci, que, sortant de sa bouche, je leur transmettais très-fidèlement et aussi littéralement que je le pouvais, ajoutant seulement parfois quelque chose de mon propre, pour leur faire sentir combien c’était juste et combien je l’approuvais. Mais j’établissais toujours très-scrupuleusement une distinction entre ce que je tirais de moi-même et ce qui était les paroles du prêtre. Ils me répondirent que ce que le gentleman avait dit était véritable, qu’ils n’étaient eux-mêmes que de très-indifférents Chrétiens, et qu’ils n’avaient jamais à leurs femmes touché un mot de religion. – « Seigneur Dieu ! sir, s’écria Will Atkins, comment leur enseignerions-nous la religion ? nous n’y entendons rien nous-mêmes. D’ailleurs si nous allions leur parler de Dieu, de Jésus-Christ, de Ciel et de l’Enfer, ce serait vouloir les faire rire à nos dépens, et les pousser à nous demander qu’est-ce que nous-mêmes nous croyons ; et si nous leur disions que nous ajoutons foi à toutes les choses dont nous leur parlons, par exemple, que les bons vont au Ciel et les méchants en Enfer, elles ne manqueraient pas de nous demander où nous prétendons aller nous-mêmes, qui croyons à tout cela et n’en sommes pas moins de mauvais êtres, comme en effet nous le sommes. Vraiment, sir, cela suffirait pour leur inspirer tout d’abord du dégoût pour la religion. Il faut avoir de la religion soi-même avant de vouloir prêcher les autres. – « Will Atkins, lui repartis-je, quoique j’aie peur que ce que vous dites ne soit que trop vrai en soi, ne pourriez-vous cependant répondre à votre femme qu’elle est plongée dans l’erreur ; qu’il est un Dieu ; qu’il y a une religion meilleure que la sienne ; que ses dieux sont des idoles qui ne peuvent ni entendre ni parler ; qu’il existe un grand Être qui a fait toutes choses et qui a puissance