Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/246

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découvrir à Atkins que nous l’avions vu près du buisson. Il fut d’avis que nous ne le devions pas, mais qu’il fallait lui parler d’abord et écouter ce qu’il nous dirait. Nous l’appelâmes donc en particulier, et, personne n’étant là que nous-mêmes, je liai avec lui en ces termes :

– « Comment fûtes-vous élevé, Will Atkins, je vous prie ? Qu’était votre père ? »

Will Atkins. – Un meilleur homme que je ne serai jamais, sir ; mon père était un ecclésiastique.

Robinson Crusoé. – Quelle éducation vous donna-t-il ?

W. A. – Il aurait désiré me voir instruit, sir ; mais je méprisai toute éducation, instruction ou correction, comme une brute que j’étais.

R. C. – C’est vrai, Salomon a dit : – « Celui qui repousse le blâme est semblable à la brute. »

W. A. – Ah ! sir, j’ai été comme la brute en effet ; j’ai tué mon père ! Pour l’amour de Dieu, sir, ne me parlez point de cela, sir ; j’ai assassiné mon pauvre père !

Le Prêtre. – Ha ? un meurtrier ?

Ici le prêtre tressaillit et devint pâle, – car je lui traduisais mot pour mot les paroles d’Atkins. Il paraissait croire que Will avait réellement tué son père.

Robinson Crusoé. – Non, non, sir, je ne l’entends pas ainsi. Mais Atkins, expliquez-vous : n’est-ce pas que vous n’avez pas tué votre père de vos propres mains ?

William Atkins. – Non, sir ; je ne lui ai pas coupé la gorge ; mais j’ai tari la source de ses joies, mais j’ai accourci ses jours. Je lui ai brisé le cœur en payant de la