Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/267

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Quant au mode de gouvernement et aux lois à introduire parmi eux, je leur dis que je ne saurais leur donner de meilleurs réglements que ceux qu’ils pouvaient s’imposer eux-mêmes. Seulement je leur fis promettre de vivre en amitié et en bon voisinage les uns avec les autres. Et je me préparai à les quitter.

Une chose que je ne dois point passer sous silence, c’est que, nos colons étant alors constitués en une sorte de république et surchargés de travaux, il était incongru que trente-sept Indiens vécussent dans un coin de l’île indépendants et inoccupés ; car, excepté de pourvoir à leur nourriture, ce qui n’était pas toujours sans difficulté, ils n’avaient aucune espèce d’affaire ou de propriété à administrer. Aussi proposai-je au gouverneur Espagnol d’aller les trouver avec le père de Vendredi et de leur offrir de se disperser et de planter pour leur compte, ou d’être agrégés aux différentes familles comme serviteurs, et entretenus pour leur travail, sans être toutefois absolument esclaves ; car je n’aurais pas voulu souffrir qu’on les soumît à l’esclavage, ni par la force ni par nulle autre voie, parce que leur liberté leur avait été octroyée par capitulation, et qu’elle était un article de reddition, chose que l’honneur défend de violer.

Ils adhérèrent volontiers à la proposition et suivirent touts de grand cœur le gouverneur Espagnol. Nous leur départîmes donc des terres et des plantations ; trois ou quatre d’entre eux en acceptèrent, mais touts les autres préférèrent être employés comme serviteurs dans les diverses familles que nous avions fondées ; et ainsi ma colonie fut à peu près établie comme il suit : les Espagnols possédaient mon habitation primitive, laquelle était la ville capitale, et avaient étendu leur plantation tout le long du ruisseau qui formait la crique dont j’ai si souvent parlé, jusqu’à ma ton-