Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/366

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– « Sir, me dit-il, je vois que je déconcerte vos mesures : je vous en prie, s’il vous plaît, faîtes ce que bon vous semble, et croyez bien que je vous servirai de toutes mes forces. » – « Oui, cela est vrai, Senhor, répondis-je, maintenant je suis quelque peu ébranlé dans ma résolution, je ne sais où je dois aller, d’autant surtout que vous avez parlé de pirates. J’ose espérer qu’il n’y en a pas dans ces mers ; nous serions en fort mauvaise position : vous le voyez, notre navire n’est pas de haut-bord et n’est que faiblement équipé. »

« Oh ! Sir, s’écria-t-il, tranquillisez-vous ; je ne sache pas qu’aucun pirate ait paru dans ces mers depuis quinze ans, un seul excepté, qui a été vu, à ce que j’ai ouï dire, dans la baie de Siam il y a environ un mois ; mais vous pouvez être certain qu’il est parti pour le Sud ; d’ailleurs ce bâtiment n’est ni formidable ni propre à son métier ; il n’a pas été construit pour faire la course ; il a été enlevé par un tas de coquins qui se trouvaient à bord, après que le capitaine et quelques-uns de ses hommes eurent été tués par des Malais à ou près l’île de Sumatra. »

« Quoi ! dis-je, faisant semblant de ne rien savoir de cette affaire, ils ont assassiné leur capitaine ? » – « Non, reprit-il, je ne prétends pas qu’ils l’aient massacré ; mais comme après le coup ils se sont enfuis avec le navire, on croit généralement qu’ils l’ont livré par trahison entre les mains de ces Malais qui l’égorgèrent, et que sans doute ils avaient apostés pour cela. » – « Alors, m’écriai-je, ils ont mérité la mort tout autant que s’ils avaient frappé eux-mêmes. » – « Oui-da, repartit le bon homme ils l’ont méritée et pour certain ils l’auront s’ils sont découverts par quelque navire anglais ou hollandais ; car touts sont convenus s’ils rencontrent ces brigands de ne leur point donner de quartier. »