Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/367

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– « Mais, lui fis-je observer, puisque vous dites que le pirate a quitté ces mers, comment pourraient-ils le rencontrer ? » – « Oui vraiment, répliqua-t-il, on assure qu’il est parti ; ce qu’il y a de certain toutefois, comme je vous l’ai déjà dit, c’est qu’il est entré il y a environ un mois, dans la baie de Siam, dans la rivière de Camboge, et que là, découvert par des Hollandais, qui avaient fait partie de l’équipage et qui avaient été abandonnés à terre quand leurs compagnons s’étaient enfuis avec le navire, peu s’en est fallu qu’il ne soit tombé entre les mains de quelques marchands anglais et hollandais mouillés dans la même rivière. Si leurs premières embarcations avaient été bien secondées on l’aurait infailliblement capturé ; mais ne se voyant harcelés que par deux chaloupes, il vira vent devant, fit feu dessus, les désempara avant que les autres fussent arrivées, puis, gagnant la haute mer, leur fit lever la chasse et disparut. Comme ils ont une description exacte du navire, ils sont sûrs de le reconnaître, et partout où ils le trouveront ils ont juré de ne faire aucun quartier ni au capitaine ni à ses hommes et de les pendre touts à la grande vergue. »

– « Quoi ! m’écriai-je, ils les exécuteront à tort ou à droit ? Ils les pendront d’abord et les jugeront ensuite ? » – « Bon Dieu ! Sir, répondit le vieux pilote, qu’est-il besoin de formalités avec de pareils coquins ? Qu’on les lie dos à dos et qu’on les jette à la mer, c’est là tout ce qu’ils méritent. »

Sentant le bon homme entre mes mains et dans l’impossibilité de me nuire, je l’interrompis brusquement : – « Fort bien, Senhor, lui dis-je, et voilà justement pourquoi je veux que vous nous meniez à Nanking et ne veux pas rebrousser vers Macao ou tout autre parage fréquenté par les bâtiments anglais ou hollandais ; car, sachez, Senhor, que messieurs les capitaines de vaisseaux sont un tas de mal-