Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/448

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Je remarquai que l’ignorance et le paganisme prévalaient encore, excepté dans les garnisons Moscovites : toute la contrée entre le fleuve Oby et le fleuve Yénisséi est entièrement payenne, et les habitants sont aussi barbares que les Tartares les plus reculés, même qu’aucune nation que je sache de l’Asie ou de l’Amérique. Je remarquai aussi, ce que je fis observer aux gouverneurs Moscovites avec lesquels j’eus occasion de converser, que ces payens, pour être sous le gouvernement moscovite n’en étaient ni plus sages ni plus près du christianisme. Mais tout en reconnaissant que c’était assez vrai, ils répondaient que ce n’était pas leur affaire ; que si le Czar s’était promis de convertir ses sujets sibériens, tongouses ou tartares, il aurait envoyé parmi eux des prêtres et non pas des soldats, et ils ajoutaient avec plus de sincérité que je ne m’y serais attendu que le grand souci de leur monarque n’était pas de faire de ces peuples des Chrétiens, mais des sujets.

Depuis ce fleuve jusqu’au fleuve Oby, nous traversâmes une contrée sauvage et inculte ; je ne saurais dire que ce soit un sol stérile, c’est seulement un sol qui manque de bras et d’une bonne exploitation, car autrement c’est un pays charmant, très-fertile et très-agréable en soi. Les quelques habitants que nous y trouvâmes étaient touts payens, excepté ceux qu’on y avait envoyés de Russie ; car c’est dans cette contrée, j’entends sur les rives de l’Oby, que sont bannis les criminels moscovites qui ne sont point condamnés à mort : une fois là, il est presque impossible qu’ils en sortent.

Je n’ai rien d’essentiel à dire sur mon compte jusqu’à mon arrivée à Tobolsk, capitale de la Sibérie, où je séjournai assez longtemps pour les raisons suivantes.

Il y avait alors près de sept mois que nous étions en