Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/94

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Aussitôt que Vendredi m’eut dit qu’il voyait du monde, je fis déployer le pavillon anglais et tirer trois coups de canon, pour donner à entendre que nous étions amis ; et, un demi-quart d’heure après, nous apperçûmes une fumée s’élever du côté de la crique. J’ordonnai immédiatement de mettre la chaloupe à la mer, et, prenant Vendredi avec moi, j’arborai le pavillon blanc ou parlementaire et je me rendis directement à terre, accompagné du jeune religieux dont il a été question. Je lui avais conté l’histoire de mon existence en cette île, le genre de vie que j’y avais mené, toutes les particularités ayant trait et à moi-même et à ceux que j’y avais laissés, et ce récit l’avait rendu extrêmement désireux de me suivre. J’avais en outre avec moi environ seize hommes très-bien armés pour le cas où nous aurions trouvé quelques nouveaux hôtes qui ne nous eussent pas connus ; mais nous n’eûmes pas besoin d’armes.

Comme nous allions à terre durant le flot, presque à marée haute, nous voguâmes droit dans la crique ; et le premier homme sur lequel je fixai mes yeux fut l’Espagnol dont j’avais sauvé la vie, et que je reconnus parfaitement bien à sa figure ; quant à son costume, je le décrirai plus tard. J’ordonnai d’abord que, excepté moi, personne ne mît pied à terre ; mais il n’y eut pas moyen de retenir Vendredi dans la chaloupe : car ce fils affectionné, avait découvert son père par delà les Espagnols, à une grande distance, où je ne le distinguais aucunement ; si on ne l’eût pas laissé descendre au rivage, il aurait sauté à la mer. Il ne fut pas plus tôt débarqué qu’il vola vers son père comme une flèche décochée d’un arc. Malgré la plus ferme résolution, il n’est pas un homme qui eût pu se défendre de verser des larmes en voyant les transports de joie de ce pauvre garçon quand il rejoignit son père ; comment il l’embrassa, le baisa,