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Comme tout le monde

pendant des heures entières. D’ailleurs, elle aimait déjà l’enfant à venir comme s’il eût été là. Elle l’aimait plus, même, que ses deux autres petits. N’était-ce pas ce nouveau venu qui devait la guérir de son amour, la purifier ? Cependant elle n’avait jamais pensé davantage à son marquis. Elle avait beau se répéter : « Mon nouveau bébé me le fera tout à fait oublier », elle ne pouvait songer à ce bébé sans songer aussitôt à la cause qui lui avait fait désirer d’être enceinte. Si bien que les deux idées, étroitement liées, n’en faisaient plus qu’une, et que ce futur petit était porté par sa mère presque comme un enfant adultérin.

« Ce sera le fils ou la fille de mon rêve », pensait la petite Chardier tout le long des journées. Et cette manière d’être pécheresse sans l’être satisfaisait son honnêteté native en même temps que cela répondait à cette sorte de besoin que les femmes ont toutes de ruser, de tromper, d’avoir un secret, d’être coupables.

Elle attendait donc avec impatience de voir son corps se déformer. Il ne lui semblait pas gênant de laisser paraître cet état aux yeux de tous. Elle en était au contraire, orgueilleuse à l’avance.

Il semble pourtant que, puisqu’on cache avec tant de soin les manifestations de la reproduction, on devrait redoubler de pudeur quand il s’agit de