Page:Delatour - Adam Smith sa vie, ses travaux, ses doctrines.djvu/220

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mettre quelque charge sur l’industrie étrangère pour encourager l’industrie nationale, c’est quand le produit de celle-ci est chargé lui-même de quelque impôt à l’intérieur. Dans ce cas, il paraît raisonnable d’établir un pareil impôt sur le produit du même genre venu de fabrique étrangère. Ceci n’aura pas l’effet de donner à l’industrie nationale le monopole du marché intérieur, ni de porter vers un emploi particulier plus de capital et de travail du pays qu’il ne s’en serait porté naturellement. Tout l’effet qui en résultera sera d’empêcher qu’une partie de ce qui s’y serait porté naturellement n’en soit détournée par l’impôt pour prendre une direction moins naturelle, et de laisser la concurrence entre l’industrie étrangère et l’industrie nationale aussi près que possible des conditions où elle se trouvait auparavant. »

Ces droits sont en effet parfaitement équitables, lorsqu’ils ont pour objet de compenser le montant des impôts intérieurs qui frappent certaines marchandises particulières ; mais Smith tient à mettre le législateur en garde contre l’extension de ces droits que les partisans de la protection réclament en faveur de toutes les marchandises, sous prétexte de compenser les impôts généraux qui grèvent la propriété, l’exercice des industries, les moyens de communication et de transport. Nous voudrions pouvoir citer en entier ce passage qui répond d’une manière si nette à toutes les plaintes, à toutes les récriminations dont on assaille les pouvoirs publics, dans notre pays notamment depuis l’établissement des impôts occasionnés par la guerre de 1870-1871.

L’auteur ne nie pas que les impôts généraux ne pèsent quelquefois lourdement sur la production, et qu’ils n’augmentent, dans une proportion souvent considérable, le prix de revient de toutes les marchandises ; mais il ne peut admettre aucune analogie entre le renchérissement produit sur une marchandise particulière par une taxe spéciale et le renchérissement général causé par l’ensemble de la législation fiscale. Il montre comment les droits compensateurs ne pourraient être qu’arbitraires s’ils étaient étendus à tous les produits, parce qu’il serait absolument impossible de déterminer, même approximativement, de combien le renchérissement général du travail influe en fait sur le prix de chaque marchandise différente produite par le tra-