Page:Delaunay - Le monde médical parisien au dix-huitième siècle.djvu/196

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prunté aux écrits des médecins, qui n’ont jamais usé de réciprocité. 2o. Il y a, parmi les saints du calendrier, des médecins : tel saint Luc ; mais pas un chirurgien : saint Côme et saint Damien n’étaient pas chirurgiens. 3o. En Prusse, les chirurgiens sont soumis aux docteurs. 4o. Dieu a créé la médecine, et non pas la chirurgie. 5o. Les chirurgiens ignorent le grec et le latin. 6o. Il appartient au docteur, qui pense, de diriger la main du chirurgien, qui agit. 7o. Cela est même arrivé quelquefois. 8o. Dans un cas, un médecin a rectifié le diagnostic d’un grand chirurgien. 9o. Pline loue la médecine et déprécie la chirurgie. Par ces motifs, qui ne parurent concluants ni à Desroziers, ni à Morand, M. Andry approuvait toutes les opinions de la thèse de Santeul.


III


M. Andry, médecin, reprochait aux chirurgiens de ne pouvoir lire dans le texte original Homère et Virgile. Cet argument terrible contre la supériorité des chirurgiens ne fut bientôt plus valable. En 1743, un éclat de rire formidable secoua la Faculté : les merlans voulaient porter la robe et le bonnet, cracher du grec et du latin, tout comme les médecins ; les beaux rebouteurs qu’on allait faire avec rosa, la rose ! Aux termes d’un édit du 23 avril, nul ne pourrait désormais prétendre à la maîtrise en chirurgie sans être maître ès-arts. Les chirurgiens étaient censés exercer un art libéral, comme avant le décret de réunion aux barbiers de mars 1656, à la condition de renoncer à l’exercice mercenaire de la barberie, réservé pour l’avenir aux barbiers-perruquiers-baigneurs-étuvistes. Au fond, les médecins ressentaient une jalousie féroce : la maîtrise ès-arts incorporait leurs anciens esclaves à l’Université, elle en faisait presque des pairs ; l’émancipation de la chirurgie progressait. Les docteurs en rirent, de peur d’en pleurer, et sarcasmes de pleuvoir sur les aspirants latinistes.