Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/119

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avec ravissement. S’il reprend intérêt à ce qu’il aimait autrefois, il est sauvé. »

Elle recula tout à coup. Là-bas, dans l’encadrement de la porte, se dressait une silhouette claire : Georgina, vêtue de linon maïs, un nœud de velours foncé dans sa belle chevelure en éventail entre ses mains frémissantes… Mais c’était une Georgina encore inconnue d’Alix. Jamais celle-ci n’eût imaginé que ces yeux gris, malgré leurs troublantes et fugitives clartés, fussent capables d’exprimer une telle fureur.

— Mais c’est charmant !… Te voilà redevenu musicien, Even, et désormais tu pourras accompagner ta nièce. Nous aurons de délicieux concerts de famille…

Elle devait faire un violent effort pour parler avec ce calme railleur ; néanmoins, la colère qui la dominait perçait dans son intonation.

Le piano se tut brusquement. Alix entendit le bruit d’une banquette repoussée avec violence, puis la voix d’Even s’éleva, dure et irritée :

— Dispense-moi de tes réflexions, je te prie ; je ne suis pas en humeur de les entendre. Que viens-tu faire ici ?… Ne peux-tu me laisser en repos ?

— Quelle susceptibilité, Even ! Je venais te chercher pour dîner, tout simplement, et vraiment je ne puis comprendre ta colère à propos de cette plaisanterie… Allons, je ne serai pas rancunière et ne te ferai pas attendre trop longtemps la surprise que je te réserve. Après le repas, je ferai porter à la tour de la Comtesse un panier de délicieuse eau-de-vie, demandée à ton intention.

— Tu peux t’éviter cette peine, le panier et son contenu iront voir le fond de la douve, répondit une voix brève.

Le pas d’Even résonna sur le parquet, puis le silence se fit. Alix avança de nouveau la tête… Geor-