Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/137

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Il avait repris tout son sang-froid et bravait du regard celui dont la haute taille se redressait en une attitude de grandeur vengeresse.

— Vraiment, monsieur Maublars, pensez-vous que je vous fasse l’honneur de me battre avec vous ? répliqua Even d’un ton d’intraduisible dédain. Je suis tombé bien bas, il est vrai, mais j’ai encore le droit de vous faire ce refus… Il est une faute vers laquelle tous vos efforts n’ont pu m’entraîner. Vous savez de quoi je veux parler, Maublars ? dit-il en le regardant dans les yeux.

Ce fut l’écrivain qui baissa les siens. Ses lèvres, soudain blanchies, tremblèrent… Mais il se redressa et, dans un rire insultant, s’écria :

— Dites donc tout de suite que vous êtes un lâche !… Georgina, n’ai-je pas raison ?

— Oui, cent fois oui ! cria Mme Orzal dont le visage se contractait sous l’empire d’une folle colère. Un Regbrenz en arriver là ! Je te renie pour mon frère, misérable !

À mesure que l’irritation montait chez ses interlocuteurs, Even se faisait plus calme, sans dépouiller sa hauteur méprisante.

— À ton aise, répliqua-t-il froidement. Je me soucie assez peu de ton estime et de ton affection, assez problématiques l’une et l’autre, et, quant à l’opinion de ce monsieur, je lui ai fait comprendre le cas que j’en fais… Faut-il vous répéter mon invitation, monsieur Maublars ?

— Even, tu n’es pas le maître ici ! Je vais appeler mon père et nous verrons s’il traitera ainsi un ami de vingt années ! cria Georgina au comble de l’exaspération. Ou plutôt, non !… c’est moi qui commande ici, et je suis libre de recevoir qui me plaît. Roger, ne faites pas attention aux paroles de ce malheureux irresponsable…

— C’est cela, voilà la folie mise en avant, dit iro-