Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/139

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cet hiver, mon oncle, mais, cependant, je crois préférable, de toute façon, qu’il soit confié, dès la rentrée, à des maîtres religieux. J’avais pensé aux Jésuites de Vannes…

Une émotion subite voila le regard d’Even.

— Quels souvenirs vous éveillez en moi ! dit-il en passant la main sur son front. Jeunesse, candeur, piété… où êtes-vous, hélas ! Les ruines se sont accumulées…

Un instant, Alix le crut en proie à une nouvelle crise de désespérance. Mais il se ressaisit par un violent effort de volonté et reprit avec calme :

— C’est donc là que nous mettrons Gaétan à la rentrée. Vous pourrez aller le voir souvent, Vannes étant si près… Mais, comme vous, je juge cette solution indispensable. À cette nature superbe et excessivement riche, il faut une direction ferme et constante.

— C’est bien pourquoi je me séparerai de lui, quoi qu’il m’en coûte… Combien je vous suis reconnaissante, mon oncle, de l’intérêt que vous prenez à nous !

— Ma pauvre enfant, que parlez-vous de reconnaissance envers ce parent bizarre, désagréable et égoïste, qui vous a si souvent mal reçue et n’a que trop longtemps négligé son devoir envers vous !… Croyez-moi, Alix, tout ce que je pourrai faire ne réparera jamais le passé, pas plus que je ne pourrai vous rendre rien qui soit comparable au bien que vous m’avez procuré.

Elle le regarda avec un étonnement interrogateur. Even jeta un coup d’œil vers Gaétan, qui avait été examiner un tableau à l’autre extrémité du salon, puis il se pencha vers sa nièce :

— Depuis le jour où vous m’avez vu… ce soir… vous vous rappelez, Alix ?… ce soir où est tombé sur moi votre regard méprisant, j’ai brisé tout… tout