Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/170

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Le même rire plein de sarcasme et de défi résonna dans le couloir désert,

— Fou !… pauvre fou ! Je te croyais arrivé à un moindre degré d’abrutissement…

— Ce n’est pas ta faute, en tout cas, dit-il sourdement en fixant sur elle son regard méprisant.

— Comme tu le dis, mon frère… Vois-tu, ton intelligence me gênait, tes scrupules encore bien plus. J’ai anéanti tout cela… je le croyais, du moins, mais cette sotte Alix est venue se mettre à la traverse de mes plans, et te voilà repris des idées si difficilement supprimées.

Elle parlait avec volubilité, dévoilant ses trames odieuses sous l’empire de l’exaspération, bravant du regard et de la voix ce frère conduit par elle aux portes du désespoir et qui lui échappait enfin… Even s’était adossé à la muraille. Les bras croisés, impassible en apparence et le regard empreint d’une froideur méprisante, il écoutait sa sœur…

— La tâche n’a pas été facile, il faut en convenir. Seule, je n’aurais pas réussi…, mais Roger a trouvé le point sensible, l’orgueil des Regbrenz, toujours latent chez les meilleurs. C’est par l’intelligence qu’il t’a pris, Even. Une fois cette porte forcée, tu étais à nous… Et je ne t’ai plus craint ! dit-elle dans un élan de triomphant défi. J’avais vaincu ton Dieu, Even…

— Mais mon Dieu prend aujourd’hui sa revanche. Par les prières d’une enfant, il renverse tes plans abominables ! s’écria Even, indigné.

Un éclair de haine brilla dans le regard de Georgina.

— Une enfant, tu dis bien, Even, aussi n’ai-je rien à redouter de ce côté. Je la briserai, cette créature insensée, comme j’ai brisé sa mère, la belle Gaétane.

Une rage indicible faisait trembler sa voix et, en