Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/201

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source ininterrompue de lumière et de grâce… Celui qui s’étendait presque chaque soir sur la dure couchette, dans l’impressionnant silence de cet isolement, n’était plus l’être misérable, sans but et sans volonté, qui s’y était si souvent jeté dans un accès de désespérance afin de chercher dans le sommeil des heures d’oubli. Dieu seul devait connaître les mystères de repentir et de pénitence accomplis entre ces murs grossiers.


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— Je vais mieux maintenant, mon oncle, et vous allez pouvoir m’apprendre tout ce qui s’est passé pendant ma maladie, n’est-ce pas ?

Alix prononçait ces paroles, un après-midi d’octobre, en s’adressant à Even, accoudé à la fenêtre de sa chambre… Depuis plusieurs jours, la jeune fille se levait et s’installait près de cette fenêtre fréquemment ouverte, afin qu’elle pût profiter des rayons de soleil encore si chauds et de l’air tiède et fortifiant venu de la mer. Elle était entièrement convalescente et se remettait rapidement… Seuls les yeux si beaux demeuraient irrémédiablement fermés à la lumière. Mais la sérénité, la rayonnante gaieté d’Alix n’en étaient pas troublées et, en la voyant ainsi, la douleur doublée de remords qui tourmentait Even s’était un peu atténuée. Sur son âme encore agitée de doutes et d’angoisses, le calme surnaturel de cette jeune créature éprouvée s’était lentement et profondément reflété, y amenant enfin la paix… Entre l’oncle et la nièce s’était établie une intimité grave et forte, et l’homme, déjà sur la pente de la maturité, écoutait religieusement cette enfant instruite dans les voies divines, élevée par le sacrifice jusqu’au ciel même. La solitaire de Ker-Neven et la jeune aveugle du manoir étaient pour Even les anges visibles de cette miséricordieuse Providence vers laquelle son cœur reconnaissant