Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/26

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posa tout à coup sur le bras de Gaétan, tandis qu’elle murmurait d’un ton incertain :

— Gaé… tane…

Georgina se détourna brusquement… Une lueur étrange traversa son regard, et sa voix, beaucoup moins douce, cette fois, dit avec impatience :

— Oui, c’est Gaétan de Sézannek… mais laissez-le, maman, vous l’empêchez de venir dîner.

La petite main ridée se détacha du bras de l’enfant, et Mme de Regbrenz se renfonça dans son fauteuil. Mais elle tremblait violemment, et ses yeux, un peu hagards, suivirent les trois enfants jusqu’à leur sortie du salon.

Un couloir suintant l’humidité menait à la cuisine, pièce immense dont le pavé disjoint offrait de larges crevasses propices aux entorses. Une petite lampe jetait sa pâle lumière sur la table massive, devant laquelle Fanche se restaurait à grand bruit de mâchoires. Assise à l’angle de la grande cheminée où s’éteignaient quelques tisons, la paysanne en capot filait diligemment.

— Sers, Mathurine, dit en passant Mme Orzal d’un ton bref.

Elle ouvrit une porte latérale et introduisit l’institutrice et ses élèves dans une grande salle longue, ornée de boiseries sombres. Quelques chaises de paille étaient rangées autour de la table en bois commun qui occupait le centre, et un lourd buffet dont les vitres brisées montraient les étagères vides complétait le sommaire ameublement.

Ce fut là qu’Alix et ses frères prirent leur premier repas sous le toit des Regbrenz. Un maigre lumignon éclairait tristement ce dîner frugal, servi par la Bretonne, dont le regard brillant impressionnait singulièrement Alix… Sur cette femme, qui semblait dans la force de l’âge, s’étaient abattues toutes les disgrâces. Son corps maigre se trouvait