Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/47

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— Si, si, mademoiselle, et c’est pour cela que je crains encore quelque malheur. Hélas ! qu’y puis-je faire, cependant ?… Ah ! mademoiselle, que Dieu vous préserve de connaître toutes les vilenies qui se sont passées ici !… Oui, que le ciel vous en préserve ! répéta-t-elle avec force.

Ses yeux noirs, demeurés superbes dans son visage flétri, brillaient d’une flamme singulière… Alix lui saisit la main.

— Qu’y a-t-il eu, Mathurine ?… Vous savez pourquoi ma mère est partie d’ici ?

La servante recula avec effroi et sa main se retira précipitamment.

— Non, non, mademoiselle… Je ne sais trop ce que je dis, ce soir. N’y faites pas attention… Bonsoir, mademoiselle, et ne pensez pas à tout cela…

Elle s’éloigna rapidement, mais, tandis qu’elle gravissait l’étroit escalier conduisant au second étage de la tour, Alix entendit encore une fois un long et douloureux soupir.

Le lendemain, il pleuvait à verse. Alix se rendit à la tour afin de prendre la corbeille à ouvrage de miss Elson et redescendit aussitôt pour revenir à la salle où elle avait laissé les enfants avec l’institutrice.

Mais elle s’aperçut tout à coup qu’elle s’était trompée parmi les couloirs et s’enchevêtrait dans cette vieille demeure. Celui où elle se trouvait débouchait dans une salle immense, au plafond en forme de voûte, qui avait dû être la salle à manger du manoir au temps de ses splendeurs. Malgré l’obscurité — car les volets des quatre fenêtres étaient clos — Alix distingua le parquet défoncé, les boiseries sculptées arrachées, la belle cheminée de pierre en partie brisée. Les murs, encore garnis en certains endroits de lambeaux de tapisserie, montraient de menaçan-