Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/86

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tement sur ce mot) je sais que vous n’avez jamais ouvert ceci ni rien d’approchant. C’est un mouvement de colère qui m’a fait prononcer ces paroles que je déplore… Comment ont-elles pu me venir à l’esprit devant…

Il passa la main sur son front en se murmurant à lui-même :

— Devant des yeux si purs, comment l’aurais-je vraiment pensé ?…

— Je vous dois cependant une explication à ce sujet, dit Alix, s’apprêtant à raconter l’indiscrétion de Xavier.

Mais il l’arrêta d’un geste impérieux :

— Je ne veux rien savoir… J’ai en vous toute confiance. Ces livres seront désormais enfermés sous clef.

— Oh ! merci, mon oncle !

Ce cri reconnaissant sembla frapper de stupeur Even de Regbrenz. Indécis et troublé, il regarda Alix, et une sorte de sourire amer vint crisper ses lèvres.

— Mon oncle ! répéta-t-il lentement avec un accent ironique. Suis-je digne de ce nom, dites ?… dites-le, vous qui doutiez tout à l’heure de ma vertu, de mon honnêteté, de mon honneur ?

Dans ce regard qui la défiait, Alix lut avec effroi un désespoir immense.

— Non, non, je n’en doute pas !… je ne veux pas en douter, mon oncle ! s’écria-t-elle avec vivacité.

Mais Even secoua brusquement la tête, et le même rire qui avait si péniblement impressionné Alix résonna encore dans la salle.

— Vous avez tort et je ne sais vraiment pourquoi je me suis offensé tout à l’heure de votre opinion à mon sujet. Je n’ai plus rien de tout cela… Rien, entendez-vous ! Honneur, honnêteté, vertu !… sornettes, chimères !…