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CHAPITRE XX

« La démocratisation de l’armée » : l’histoire de la « déclaration des droits du soldat ».


Le 9 mai, Kérensky sanctionna la « déclaration des droits du soldat », loi funeste qu’avait élaborée la commission Polivanov. En voici les articles les plus importants :

1) « Les militaires sous les drapeaux jouissent de tous les droits du citoyen. »

2) « Chaque soldat peut faire partie, légalement, des groupes et associations politiques, nationaux, religieux, économiques ou professionnels, quels qu’ils soient. »

3) « En dehors du service, tout militaire a le droit d’exprimer, par la parole ou par la plume, et par la voie de l’impression, ses opinions politiques, religieuses, sociales ou autres. »

6) « Tous les imprimés, sans exception… doivent être remis à leurs destinataires. »

10) « La désignation de soldats-ordonnances au service des officiers est abolie… À l’armée active et dans la flotte, les officiers peuvent avoir un homme à leur service… mais il y faut le consentement du subordonné… avec qui l’on devra convenir du salaire. »

12) « Le salut militaire obligatoire… est supprimé. »

18) « Les comités élus par les soldats sont autonomes ; ils ont le droit d’infliger des punitions et d’exercer leur contrôle dans certaines circonstances exactement déterminées. »

Cette « déclaration des droits » qui fut la consécration devant la loi des phénomènes pathologiques en train d’envahir l’armée — partiellement ou totalement selon les lieux par les voies de la révolte et de la violence ou, pour employer le langage consacré, « au nom de la révolution », cette déclaration sapa définitivement les bases mêmes de l’ancienne armée. Elle inspira la passion de politique, elle inculqua les principes de la guerre des classes à une multitude en armes, déséquilibrée, mais qui déjà avait pris conscience de sa force brutale. Elle justifia, cette déclaration, elle autorisa largement la propagande — par les discours et par les tracts — des théories qui sapaient l’état, la morale et la Société, niaient toute autorité et le droit même de l’armée à l’existence. Enfin, elle priva les chefs de leur pouvoir disciplinaire qu’elle transféra à des organisations. On désapprouvait solennellement, une fois de plus, le corps des officiers, on l’humiliait, on l’outrageait.