Page:Des Essarts - Le Monument de Molière, 1843.djvu/2

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Un homme vint alors dont l’humble destinée
Dans un obscur métier paraissait confinée :
Mais il avait reçu l’étincelle de feu
Qu’au front de ses élus pose le doigt de Dieu ;
Mais il devait briser l’enveloppe première ;
De l’acteur Poquelin allait sortir Molière,
Molière que l’amour du peuple a couronné
Et qu’après deux cents ans l’on n’a point détrôné.

L’univers est le champ de sa profonde étude :
Par de légers dessins aux tableaux il prélude ;
Il s’adresse à la foule, il en est écouté.
La sottise rencontre un censeur redouté.
Se groupant tour à tour sous les pinceaux du maître,
Toutes les passions peuvent se reconnaître.
Le vice démasqué contre lui s’arme en vain :
Un regard de son roi rassure l’écrivain.
Plus d’obstacle pour lui !… Bientôt la Comédie
Devient un tribunal d’où sa verve hardie
Ne cesse de répandre, en traits vifs ou touchans,
Le rire sur les fous, l’horreur sur les méchans ;
Et de l’humanité juge exact, équitable,
Il sait en imitant rester inimitable !…

Vous avez exaucé le vœu de tous les cœurs,
Vous, de notre Molière ardens admirateurs.
Vous qui, reproduisant son image fidèle,
L’offrez à l’avenir comme un vivant modèle ;
Oui, vous avez voulu que l’art éloquemment
La fit briller aux yeux de la foule empressée,
Car vous avez compris qu’aujourd’hui la pensée
Doit, ainsi que la guerre, avoir son monument.

Si l’étranger, montrant cet Arc où nos annales
Déroulent fièrement leurs pages triomphales,
Disait : « Qu’est devenu ce temps terrible et beau,
« Où le glaive tiré n’avait plus de fourreau ?
« France, qu’est devenu l’éclat de tes conquêtes ? »
Tous nous répondrions, en relevant nos têtes :
« Dans l’ombre du tombeau laissez dormir nos morts ;
« Leurs fils, s’il le fallait, ne seraient pas moins forts.
« À d’autres conquérans le monde rend les armes,
« Leur douce autorité ne coûta point de larmes ;
« Partout on les vénère, on les cite, partout
« Leurs écrits ont porté les oracles du goût ;
« Pléiade du savoir et de l’intelligence,
« Ils brilleront toujours dans le ciel de la France !
« L’un d’eux de ses travaux reçoit le digne prix…
« Vous qui les respectez, car ils vous ont appris
« Qu’à l’essor du génie il n’est point de barrière,
« Peuples, inclinez-vous en contemplant Molière ! »