Page:Des Essarts - Le Monument de Molière, 1843.djvu/3

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À nos regards il s’est dressé,
Tout rayonnant de poésie ;
Qu’autour de lui sans jalousie
Le présent s’unisse au passé.
Ce lieu fut témoin d’un mystère,
D’un drame que l’ombre entoura,
Quand l’acteur un soir expira
Près de deux anges de la terre.
Ici la sainte Charité,
Avec un tendre accent de femme,
Promit à son œuvre, à son âme
Une double immortalité.
Écoutez !… aux champs du silence
Se raniment ceux qu’il aimait ;
Oui, le grand siècle qui dormait
Pour le voir de la nuit s’élance…
Écoutez !… n’entendez-vous pas
Des murmures d’étrange sorte ?
Est-ce le vent qui nous apporte
Tous ces bruits de voix et de pas ?
Humbles spectateurs que nous sommes,
Voilà nos maîtres !… À genoux !
Laissons défiler devant nous
Tout un cortége de grands hommes.
Place à Racine, à Despréaux,
Aux deux Corneille, à La Fontaine,
À Condé, Villars et Turenne ;
Place aux poètes, aux héros !
Remarquez ces joyeux visages :
Soubrettes aux minois coquets,
Marquis, Amoureuses, Valets ;
Et ces burlesques personnages,
Orgon, Anselme, Trufaldin,
Mascarille près de Pandolphe,
Covielle se moquant d’Arnolphe,
Et Sganarelle de Dandin.
Puis Valère, Éraste et Clitandre
Conduisant Agnès, Léonor,
Elmire et vingt belles encor
Qu’ils entretiennent d’un air tendre.
Philinte d’un ton indulgent
Vante le monument, qu’Alceste
Blâme fort ; Harpagon, du reste,
Dit qu’il a coûté trop d’argent.

Mais des sons inconnus ont frappé mon oreille…
Est-ce une illusion !…, Molière se réveil ! !
Lui qui fit autrefois parler le Commandeur
Du haut d’un piédestal, par la même merveille,
Il s’agite, respire et, l’œil rempli d’ardeur,
Il nous tient ce discours légèrement frondeur :