Page:Des Essarts - Prométhée, Baudouin.djvu/7

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leur image sur l’or, échangèrent des tributs, agitèrent le glaive, lancèrent les chars de guerre. Alors il y eut du tumulte, il y eut des cris et des prières, et je ne fus pas seul malheureux. La mêlée, ici, là, ne s’est plus ralentie ; des empires élevés au prix de tant de peines, la moitié s’est écroulée, ou, chancelante, ne rend plus qu’un son creux. Voilà ce que j’ai vu, aurore, splendeur, déclin ; voilà ce que je verrai encore, sans que s’use la patience, ni se rebute l’imprévoyance humaine, et je suivrai ce spectacle à travers le voile de ma propre infirmité, fixé à la même place par la main qui m’y précipita ; pendant que l’humanité accomplira ses destins, moi qui ai voulu créer, je survivrai à l’accomplissement des miens.


LE CHŒUR.

En vain tourmenterais-tu tes yeux à chercher le secret de ces catastrophes. Ce secret t’échappe. Tu ne peux, ô toujours téméraire, faire jaillir la vie hors les ruines, la vie contenue sous leur enveloppe de mort.


PROMÉTHÉE.

Et pourquoi ces empires sont-ils en deuil de leur splendeur ? Ils n’ont pas comme moi offensé les dieux. La plupart de leurs guerres, de leurs meurtres, ont eu un but utile, ou bien ils ont servi la seule ambition des génies puissants dont la multitude épousait la cause sans fureur, comme par l’ordre de Jupiter qui avait lancé ces génies à travers le monde. Ignorance, folie, crédulité, tel est le bandeau que tous les empires ont porté au front ; ce bandeau, il était épaissi par la volonté du ciel, et les empires n’eussent pas dû succomber avant de l’avoir soulevé. Peu ont méconnu le principe de leur naissance ; les noms divers ont été l’expression, le déguisement de leur pensée reli-