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MARCELINE DESBORDES-VALMORE

au mois de mai 1833, et elle l’annonçait aussitôt à Dumas, à Arago, à Mme Tastu, à l’éditeur Charpentier, à Pierquin de Gembloux, enfin, dans cette lettre inédite :


6 juin 1833.

Si vous étiez d’une nature à cesser d’être bon, je serais encore plus triste de tout ce qui m’arrive, car vous pourriez être injuste sur moi.

Un ouragan théâtral a brisé en un quart d’heure l’engagement de Valmore. On joue aux dés, à Rouen seulement dans l’univers, la destinée d’un artiste au renouvellement de l’année qui commence en avril. Et c’est en mai que l’ouverture du théâtre vient de se faire. Après un an d’épreuve, de faveur, d’estime et souvent d’enthousiasme, deux ou trois juges de ce tribunal secret ont jeté l’avenir de trois ou quatre familles dans un bol de punch, et Valmore, son père, moi et ses enfants, nous étions, le lendemain, à la merci de la Providence. C’est horrible ! Renvoyés sans indemnité, sans dédit, du soir même où ces forcenés se sont mis à hurler contre leurs victimes. Il y a eu un soulèvement fort honorable mais inutile pour Valmore, de tout le public indigné qui le redemandait à grands cris. On a tout cassé. Il y a eu des siffleurs roulés aux pieds, on a jeté des fauteuils dans le parterre. C’était à faire mourir de peur.

L’arrière-scène était un honnête homme exilé avec sa famille. Je suis montée en voiture le soir même, pour chercher un asile à Paris. Mais ce qui devait être est arrivé. Plus de courage que de forces. Je suis encore au lit après de grandes souffrances, ou plutôt un état d’immobilité où j’ai végété la fièvre sans souvenir, sans idées précises de mon sort. M. Harel nous a offert un