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LA MÈRE

Je croyais que tu le savais !… Reproche adorable d’une femme de soixante-dix ans…, parole d’amante qui ne dépare pas sa couronne de cris !

Elle était bien malheureuse aussi, presque misérable, Pauline… Les deux cigales, la bise étant venue, essayaient encore de se réchauffer au souvenir de leurs chansons d’été, « pour deux voix »… Elles se comprenaient à mi-mot. Il y en avait toujours une qui mettait de la musique sous les plaintes de l’autre.

En vérité, l’affection inaltérable et réciproque de ces deux peupliers qui regardent en bruissant couler la vie à leurs pieds, est une chose peu commune et bien belle.

En 1855, Mme Valmore publia encore un volume de Contes pour les enfants Jeunes Têtes et Jeunes Cœurs ; et puis, elle ne fit plus rien paraître, les ombres du crépuscule descendirent sur elle[1].

Le travail m’échappe… Je ne sais plus où me mettre pour écrire posément et autrement que sur mes genoux. Je suis commissionnaire… et triste ! Mon cœur est sous mes pieds.

  1. En 1857, Mlle George, ayant écrit ses Mémoires, chargea Mme Valmore de les rafistoler. Mais Marceline, déjà malade, abandonna bientôt ce travail. M. Félix Bouvier, souvent mieux renseigné, eût pu se dispenser de déposer cette note au bas d’une page de sa biographie de La Bigottini : « Si Bigottini lui a confié (à Mme Valmore) la rédaction de ses Mémoires, on peut croire qu’elle leur a fait subir avec la même inconscience stupide, le tripatouillage qu’elle infligea aux Souvenirs de Mlle George. » Une danseuse de l’Opéra. La Bigottini. Chavaray, 1909.