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LA MÈRE

more a soixante et onze ans ! Et elle y pense encore, — toujours ! Et elle s’écrie :

Mais si de la mémoire on ne doit point guérir,
À quoi sert, ô mon âme, à quoi sert de mourir !

N’en avait-elle pas, un jour, averti doucement son mari, sous le couvert d’un portrait d’Albertine, l’amie d’enfance à jamais regrettée :

On n’oublie pas. On reste jeune en dedans. Je suis prise quelquefois de transports que je n’ose pas te montrer. Va, l’âme est impérissable, et tout ce qui est gravé dessus l’accompagne à l’éternité.

Ainsi, jusqu’à la fin, se manifestait la survivance du premier amour, et sa fraîcheur dans un cœur de cristal.

L’élan vers Dieu, la foi naïve sont aussi restés ceux d’une première communiante. Mais la mort de ses filles, Inès, Ondine, fait s’épanouir des fleurs en bouton jusque-là, des fleurs « rentrées en elle-mêmes », comme elle disait.

Mme Valmore, qui a écrit pour les Amants et pour les Enfants, écrit pour les Mères, pleure sur les mères, souffre avec elles. C’est comme la dernière épreuve nécessaire à son développement poétique, le sceau de son génie. Il manquait à ses larmes de retomber dans un cœur « enivré de maternité » comme le sien et comme celui du Lys dans la Vallée. Il manquait à Marceline, pour rester belle dans la vieillesse, sous son humble parure