Page:Descaves - La Vie douloureuse de Marceline Desbordes Valmore.djvu/64

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
42
MARCELINES DESBORDES-VALMORE

fièvre jaune dans toute son horreur… Ma mère ne para pas ce coup. Son réveil, ce fut de mourir à 41 ans. On m’emmena en deuil hors de cette île dépeuplée en partie par la mort, et, de vaisseau en vaisseau, je fus rapportée au milieu de ma famille désolée et devenue tout à fait pauvre. »

Là encore, Marceline, habituellement si expansive, se retient de tout dire. Nous ne sommes informés que de l’essentiel : son arrivée à la Pointe-à-Pître, à la fin de 1801, puisque l’île fut mise à feu et à sang par les hommes de couleur, au mois d’octobre ; la disparition de la cousine, objet d’un espoir obstiné ; la mort de Catherine succombant à la fièvre jaune et à la déception.

La femme d’un fonctionnaire nommé Guédon eut heureusement pitié de Marceline et la plaça chez une jeune veuve, qui eut soin d’elle jusqu’au jour où il fut possible de la rapatrier.

Ce que l’on connaît de ce lambeau de son existence, échappe malheureusement à toute vérification. Il faut s’en rapporter aveuglément à quelques souvenirs épars dans ses livres ou recueillis de sa bouche par son mari et par son fils.

La source vers laquelle on se porte naturellement : les Veillées des Antilles, est un trompe-l’œil, est en verre filé. L’élégie : le Soleil des morts, donne ce pleur seulement, in memoriam, au pays :

Loin, par-delà les murs, où j’ai vu se courber
Ma tige maternelle enlacée à ma vie,
Puis mourir sur le sable, où je l’avais suivie.