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LA JEUNE FILLE

A. Jars, qui, devenu député du Rhône, resta pour son interprète un ami dévoué.

La critique fut favorable, avec les mêmes réserves.

« Mlle Desbordes joue et débite très bien, mais elle ne chante pas ; elle n’a pas de voix ; il faudra que les musiciens renoncent en sa faveur à leur science, à leur harmonie ; que l’orchestre s’humilie ou s’anéantisse. »

C’est à elle, cependant, que Grétry, qui l’avait prise en affection, confiait le rôle de Zirzabelle, à l’occasion d’une reprise du Tableau parlant.

Il fit mieux : il lui ouvrit sa maison. Ce ne sont pas seulement les lettres publiées par M. Pougin qui l’attestent ; voici le crayon qu’un familier du logis, Pierre Hédouin, a tracé de celle qu’on y recevait :


J’allais sortir, lorsque je vis entrer une jeune personne dont la figure naïve, spirituelle et pleine de sensibilité me frappa. Son teint un peu basané, sa petite taille et les éclairs qui s’échappaient de ses yeux noirs, me la firent prendre pour une créole ou une portugaise. C’était Mlle Desbordes… Grétry l’appelait sa chère fille, et son âme brûlante, ses talents, la rendaient digne de ce titre[1].

  1. Ménestrel, 14 août 1859. P. Hédouin ajoute que c’est dans le salon de Mme Dorval et aux matinées que donnait le docteur Alibert, le dimanche, à l’hôpital Saint-Louis, qu’il rencontra le plus souvent Mme Valmore. (Il avait lui-même, dans sa jeunesse, écrit des romances, paroles et musique). Dorval ! La destinée des deux femmes offrait quelques analogies curieuses. Dorval, enfant, avait fait partie de troupes ambulantes, avec son père et sa mère. Elle avait débuté à Lille et tenu, dans l’opéra-