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Au Bord du Lac Bleu



Nous nous retrouvions, chaque année, Pierre et moi, dans un coin perdu des Laurentides. Pendant un mois et demi ou deux, jusqu’à la fin de septembre ordinairement, nous parcourions les montagnes, les forêts et les lacs, campant sous la tente et vivant, comme les chasseurs, de gibier tué par nous ou de poissons pêchés au courant de quelque rivière inconnue. La plupart du temps couchés avec le soleil et levés avec l’aube, nous menions une existence nomade, errante et saine dans les régions infréquentées.

Ces souvenirs sont ineffaçables dans ma mémoire. Nous faisions des portages le long des rapides tumultueux qui bondissent parmi des roches rougeâtres, le canot d’écorce léger sur nos épaules, et récompensés des misères de nos longues marches si nous apercevions, tout à coup, entre les troncs d’arbres, la surface d’un lac limpide au creux des montagnes bleues. Nous allumions le feu de notre bivouac avec des pommes de pin et des branches sèches, au fond de gorges étroites et sombres, dans des clairières entourées de bois