Page:Deulin - Les Contes de ma mère l'Oye avant Perrault.djvu/23

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Non-seulement, pour justifier ses contes, Perrault, sur les pas de La Fontaine, argue sans cesse de leur utilité ; non-seulement il s’autorise de l’exemple des anciens, il va plus loin : dans son admiration, il met La Fontaine à part et affirme qu’il n’a pas eu son pareil dans l’antiquité.

« On a beau vanter le sel attique, dit-il en 1692 dans le Parallèle des anciens et des modernes, il est de même nature que les autres sels ; il n’en diffère que du plus au moins ; mais celui de M. de La Fontaine est d’une espèce toute nouvelle : il y entre une naïveté, une surprise et une plaisanterie d’un caractère qui lui est tout particulier, qui charme, qui émeut et qui frappe tout d’une autre manière. » Et il cite des exemples, après quoi il ajoute : « Il y a dans toutes ses fables une infinité de choses semblables, toutes différentes entre elles, et dont il n’y a pas une seule qui ait son modèle dans les écrits des anciens. »

Quatre ans après, La Fontaine étant mort, à l’époque même où Perrault écrivait ses contes en prose, il trace ainsi, dans ses Éloges des hommes illustres qui ont paru pendant ce siècle, le panégyrique de celui d’entre eux qu’il avait pris pour modèle :

« Le talent merveilleux que la nature lui donna lui a fait produire des ouvrages d’un agrément incomparable. Il s’y rencontre une simplicité ingénieuse,