Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/207

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pour me prier de le présenter ; et comme il appartient à une famille distinguée, j’ai cru que vous ne m’en voudriez pas de vous l’amener.

— Et quel est ce jeune homme ? demanda M. Meagles avec un air de satisfaction bien prononcé.

— C’est un Mollusque : le fils de Tenace Mollusque, le jeune Clarence qui est employé dans le bureau de son père. Je puis toujours vous garantir que la rivière n’a rien à redouter de sa visite. Il n’y mettra pas le feu. [1]

— Ah, ah ! fit Meagles, c’est un Mollusque ? Nous connaissons un peu cette famille-là, n’est-ce pas, Dan ? Par saint Georges ! avec tout ça les Mollusques tiennent maintenant le haut du pavé. Quelle parenté existe-t-il entre votre ami et lord Decimus Mollusque ? Lord Decimus a épousé en 1797 lady Jemina Bilberry, seconde fille du troisième lit… Non ! je me trompe ! Celle-là, c’est lady Séraphine… Lady Jemina était la fille aînée du second lit du quinzième comte Des Échasses avec l’honorable Clémentine Toozellem. Très-bien. Or, le père de notre jeune ami a épousé une Des Échasses, et son père à lui a épousé sa cousine qui était une Mollusque. Le père du père qui a épousé une Mollusque a épousé une Joddleby… Mais je remonte trop haut, Gowan ; je voudrais seulement savoir quelle parenté il y a entre votre ami et lord Decimus.

— C’est facile à constater. Son père est le neveu de lord Decimus Mollusque.

— Neveu… de… lord… Decimus ! répéta voluptueusement M. Meagles en fermant les yeux afin que rien ne vînt le distraire du bonheur de savourer le parfum de ce grand arbre généalogique. Par saint Georges ! vous avez raison, Gowan : c’est bien cela.

— Par conséquent, lord Decimus est son grand-oncle.

— Mais attendez donc, continua M. Meagles, ouvrant les yeux lorsqu’il eut fait cette découverte. Alors du côté de la mère, lady Des Échasses est sa grand’tante ?

— Naturellement.

— Ah, ah, ah ! fit M. Meagles, prenant un vif intérêt à ces détails. Vraiment, vraiment ? Nous serons charmés de le voir. Nous le recevrons de notre mieux dans notre humble logis ; et, dans tous les cas, nous ne le laisserons pas mourir de faim, je l’espère. »

Au commencement de ce dialogue, Clennam s’était attendu à voir M. Meagles s’abandonner à quelque innocent éclat de colère, pareil à celui auquel il s’était livré en sortant du ministère des Circonlocutions, la main sur le collet de Doyce. Mais son excellent hôte avait une faiblesse qui n’est pas rare (nul de nous n’a besoin d’aller bien loin pour en trouver un exemple), et son expérience

  1. En anglais, incapable de mettre le feu à la Tamise, équivaut à la locution française, qui n’a pas inventé la poudre. (Note du traducteur.)