Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/256

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


249
LA PETITE DORRIT


attendant, les murs de la Maréchaussée projetaient une ombre véritable, qui exerçait une sombre influence sur la famille Dorrit, à toute heure de la journée.




CHAPITRE XXII.

Une énigme.


M. Clennam ne grandissait pas dans l’estime du Père de la Maréchaussée en raison du nombre croissant de ses visites. La lenteur qu’il mettait à comprendre la grande question des Témoignages n’était pas faite pour exciter une vive admiration dans l’esprit du Doyen ; elle était plutôt faite pour offusquer un vieillard si chatouilleux sur l’article de sa dignité, et lui faire croire qu’il manquait quelque chose à ce monsieur pour être un vrai gentleman. Un certain désappointement, causé par la découverte que M. Clennam possédait à peine cette délicatesse dont le Doyen, avec cette confiance qui le distinguait, avait d’abord été disposé à le croire doué, commença à assombrir son esprit paternel. Il alla jusqu’à dire, dans le sein de sa famille, qu’il craignait que M. Clennam ne fût pas un homme d’un instinct élevé. En sa qualité officielle, comme chef et représentant des détenus, il serait toujours heureux, remarquait-il, de recevoir M. Clennam lorsqu’il viendrait lui présenter ses respects ; mais, personnellement il trouvait que M. Clennam et lui ne semblaient guère faits pour s’entendre. À son avis, il lui manquait quelque chose, sans qu’il pût au juste dire quoi. Néanmoins le Doyen ne faillit à aucune des règles de la civilité puérile et honnête ; au contraire, il combla M. Clennam d’attentions. Peut-être nourrissait-il l’espoir que le visiteur, sans avoir l’intelligence assez vive et assez spontanée pour redoubler de lui-même et proprio motu son premier témoignage, pourrait bien avoir ce qu’il faut d’esprit pour répondre d’une façon convenable à une sollicitation écrite.

En sa triple qualité de gentleman libre, qui avait par mégarde passé une mauvaise nuit dans la prison, de gentleman libre qui avait examiné les affaires du Doyen avec l’idée incroyable de le faire sortir, et de gentleman libre s’intéressant au sort de l’enfant de la Maréchaussée, M. Clennam fut bientôt accueilli partout comme un visiteur de marque. Il n’était nullement étonné des attentions que lui prodiguait M. Chivery, lorsque ce fonctionnaire était de garde ; car il ne distinguait guère la politesse de M. Chivery de celle des autres guichetiers, jusqu’à ce qu’un certain soir M. Chivery l’étonna tout à coup et se mit hardiment en relief au détriment de ses collègues.